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  • Tops 2009

    Gen 19 2010, 10:08

    Décembre est arrivé comme un couperet en cette année 2009, un mois comme un autre dans nos vies, simple maillon de ce fil continue mais tout à la fois teinté de rupture, les cycles astronomiques, sacrées ou institutionnelles s'y recoupent pour fixer cette limite psychologique et temporelle. Nous nous trouvons ainsi à la fin d'une chose dont nous ne voyons pas la réalité physique et pourtant il s'agit de faire le point, le résumé, fixer et ordonner nos pensées en une date imposée. L'année écoulée fut à la fois étrange et intense. Etrange pour ma part car elle ne fut, je le crois en ce jour du moins, sans doute moins excitante musicalement que celles qui l'ont précédées mais paradoxalement aucune autre ne fut aussi intense. La multitude d'instants musicaux y est certainement pour une bonne part, les concerts furent des points de concours émotionnels plus nombreux que les années précédentes mais moins de groupes sont apparus dans mon champ musical. Il s'agit peut être bel et bien d'une fin de cycle finalement. Voici donc un instantanée de l'année écoulée, en bon rigoriste ceci est détaillé en trois tops, un par format, le long, le court, le single, ne lésinons pas au zèle en cette période d'examens, je n'avais que ça à faire évidemment.


    2009. Top 25, Albums



    1 ... Animal Collective, Merriweather Post Pavilion
    Au fond, je crois que le principal problème de 2009 fut ce groupe ô combien génial. Merriweather Post Pavilion ou comment tuer toute excitation musicale dès l'ouverture de janvier. Rien n'est venu les ébranler tant ce nouvel opus les a placé sur un piédestal. L'aboutissement (?) de leur quête, une oeuvre à la fois virtuel, s'élevant telle une cathédrale électronique noyée sous les eaux et une oeuvre totalement organique, humaine. Animal Collective vient clore la décennie par l'une de ses oeuvres les plus marquantes.

    chronique, ici
    titre en écoute, Brothersport

    2 … Fever Ray, Fever Ray
    Je ne pensais pas à la sortie de cet album qu'il aurait pu prendre une telle ampleur dans cette année musicale. Il a su s'imposer doucement, sans crier gare, en poussant à chaque écoute l'addiction à un stade supérieur. Une oeuvre esthétiquement dense et cohérente, une messe électronique, fantomatique menée d'une main de maître par l'insaisissable moitié féminine de The Knife, qui se montre ici comme une petite fille hantée et perdue dans une forêt scandinave, effrayant et passionnant à la fois.

    titre en écoute, Concrete Walls

    3 … Grizzly Bear, Veckatimest
    Les tentatives d'écoutes de Yellow House m'avait laissé de marbre, bien sur l'incroyable single the Knife m'avait quelque peu ouvert les yeux à leur talent, mais avant un après midi de rêverie hallucinée les Grizzly Bear n'avait su me toucher, Yellow House s'imposant sur le long terme. Veckatimest a, quant à lui, frappé directement sa cible, le songwritting du groupe s'est enrichi, ce folk céleste a prit de l'ampleur, moins radical que son prédécesseur, il n'en préserve pas moins des charmes subtils et en perpétuel renouvellement, un grand disque d'architecture folk et pop.

    titre en écoute, Foreground

    4 … Danger Mouse & Sparklehorse, Dark Night of the Soul
    Beaucoup lui ont reproché un manque de cohérence mais que nenni, le raffinement de Sparklehorse et le génie productif de la souris ont fait mouche malgré les changements de style et les participations aussi étonnantes qu'étoilées. La cohérence du disque est plus en profondeur, atmosphérique presque, dans l'évolution du sentiment pur, des ambiances. Le jeu en clair-obscur, la nonchalance romantique, des compositions lumineuses font de ce disque l'une des plus belles oeuvres de l'année.

    titre en écoute, Little Girl

    5 … Fuck Buttons, Tarot Sport
    Street Horrrsing m'était apparu tel un coup de poing à la fin de l'année passée, autant dire que cette nouvelle livraison du duo britannique était très attendue. Ils n'ont pas manqué à l'appel, un album encore plus radical, sept plages sans discontinuités, un condensé de violence et de transe. Fuck Buttons, c'est la rave appliquée aux années 2000, quelque chose de dangereux, d'extrêmement intérieur tout en étant universel et dépersonnalisant, les décibels dépassent l'entendement mais il en faut toujours plus. Tarot Sport, le grand écart entre la communion collective et l'individualisme de la transe.

    titre en écoute, The Lisbon Maru

    6 … Lotus Plaza, The Floodlight Collective
    Echappé de Deerhunter, Lockett Pundt nous sert une pop, teintée de psychédélisme, de shoegaze ou qu'importe le nom, une musique vaporeuse et droguée. Ce Floodlight Collective n'a pas la prétention d'une grande oeuvre mais s'en trouve anobli par la sincérité qui s'en dégage.

    titre en écoute, White Out

    7 … Julian Casablancas, Phrazes for the Young
    Rien que ce nom et tout le lyrisme qui est en moi ce met en branle. Julian Casablancas, échappé solitaire due à la difficulté de mener un navire tel que The Strokes. Nul besoin de préciser qu'il est toujours aussi beau comme un dieu, ça n'a pas forcément ça place ici mais Julian, désabusé et songeur, nous livre, avec une voix au sommet de sa maîtrise, des compositions audacieuses et assez longues où ils délaissent les guitares au profit d'une liberté d'instrumentation bienvenue. Julian alterne singles potentiels et compositions plus personnelles (ce Ludlow Street nom d'une pipe !). En attendant le retour de l'empire Strokes, Phrazes for the Young s'impose comme une superbe étape dans le songwritting du jeune homme.

    titre en écoute, Out of the Blue

    8 … Sebastien Schuller, Evenfall
    Un disque écouté jusqu'à l'épuisement et pour autant sans jamais atteindre la panne sèche, la substance demeurant intacte malgré les écoutes, une oeuvre sensible, romantique mais moderne à la fois. Sebastien Schuller, c'est ma révélation de l'année, ou comment un grand songwritter talentueux passe inaperçu dans la jungle des sorties. Un concert manqué à New York mais la certitude d'avoir mis la main sur une bonne graine qui, sans aucun doute, nous reviendra pour d'autres merveilles de ce type.

    titre en écoute, The Border

    9 … The Very Best, Warm Heart of Africa
    L'une des mixtapes les plus excitantes de 2008 nous était arrivé droit d'Afrique et de ce drôle de groupe composé de Radioclit, duo électronique basé au Royaume Uni et d'Esau Mwamwaya, chanteur originaire du Malawi. Suite à la réussite de cette première entreprise, ils nous reviennent cette année avec un album, moins gadget que son prédécesseur, the Very Best s'affirme comme un véritable groupe, capable de dépasser le concept qui a fait son succès. Ils nous livrent un condensé d'énergie, teinté d'Afrique mais en aucun cas colonialiste, des chansons léchées et un disque porté par quelques singles à l'imparable efficacité.

    titre en écoute, Warm Heart of Africa

    10 … Bill Callahan, Sometimes I Wish We Were an Eagle
    2008 avait été un grand cru pour le folk, 2009 se place en deçà mais quelques oeuvres viennent relever l'affaire. Bill Callahan s'en tire avec les honneurs, on le connaissait, mouvant, rêche presque, au sein de Smog, il nous revient avec ce Sometimes I Wish We Were an Eagle, démonstration de composition et d'écriture dans tout ce que le raffinement peut offrir. Un disque qui dépasse les limites du classicisme folk, une émotion maîtrisée mais jamais emprisonnée dans une raideur que sous-tend bien souvent le classicisme formel, ici Callahan se joue des règles pour mieux les transcender. Ce disque raccroche la dixième place de ce top mais n'en démérite pas moins.

    titre en écoute, Eid Ma Clack


    11 … Edward Sharpe & The Magnetic Zeros, Up from Below
    12 … Wavves, Wavvves
    13 … Vic Chesnutt, At the Cut
    14 … Etienne Jaumet, Night Music
    15 … The Antlers, Hospice

    16 … Elvis Perkins, in Dearland
    17 … Benjamin Biolay, La Superbe
    18 … Here We Go Magic, Here We Go Magic
    19 … Clark, Totems Flare
    20 … Atlas Sound, Logos

    21 … Bike For Three! More Heart than Brains
    22 … Sufjan Stevens, the BQE
    23 … Dan Deacon, Bromst
    24 … Charlotte Gainsbourg, IRM
    25 … Noah & The Whale, The First Days of Spring



    2009. Top 10, Ep/Demos/Sessions…

    . 1 Animal Collective, Fall be Kind ep
    . 2 MillionYoung, Sunndreamm ep
    . 3 Gold Panda, Various mixes and original tracks
    . 4 Washed Out, Life of Leisure ep
    . 5 Sleigh Bells, Sleigh Bells
    . 6 Deerhunter, Rainwater Cassette Exchange
    . 7 Beirut, Holland
    . 8 The Snobs, Albatross
    . 9 The Tallest Man on Earth, Daytrotter Session
    . 10 jj, jj n°2


    2009. 25 chansons pour les oubliés.

    . Antony + Bryce Dessner, I Was Young When I Left Home
    . Bat for Lashes, Daniel
    . Bibio, Jealous of Roses
    . Big Boi, Shine Blockas [ft. Gucci Mane]
    . BLK JKS, Tselane
    . Bon Iver, Big Red Machine
    . Burial & Four Tet, Moth
    . Cass McCombs, You Saved My Life
    . Dent May & His Magnificent Ukulele, I'm an Alcoholic
    . Dirty Projectors, Stillness Is the Move
    . Fanfarlo, I'm a Pilot
    . Four Tet, Love Cry
    . Girls, Summertime
    . Gonjasufi, Holidays
    . Islands, Vapours
    . Japandroids, Young Hearts Spark Fire
    . Julie Doiron, Consolation Prize
    . Marissa Nadler, The Whole is Wide
    . Phoenix, 1901
    . Ratatat, Mirando (Animal Collective remix)
    . Sufjan Stevens, You are the Blood
    . Sunset Rubdown, Idiot Heart
    . The Pains of Being Pure At Heart, Young Adult Friction
    . Woods, Rain On
    . Yeasayer, Tightrope

    edit : j'ai hébergé cette sélection, mais impossible de poster le lien, mp pour les intéressés.

    ps : je n'ai pas vérifié tous les liens, si certains se font capricieux, je peux y remédier.
  • Du Darwinisme auditif, Animal Collective.

    Gen 31 2009, 14:59

    Charles Robert Darwin, naturaliste de sa Majesté, a remis les choses à leurs places. L'homme ne fut dès lors plus cette création divine, miracle du vivant, être-penseur dominant de sa superbe le règne animal sans exception. La civilisation en fut profondément meurtrie mais l'homme n'est qu'un animal, le noeud d'une branche, simple stade de l'évolution parmi tant d'autres. L'homme, un animal. C'est de ce précepte qu'est né Animal Collective. L'homme, cet être émotif est ainsi une part de l'évolution, une part de cette myriade de formes de vie en cours de dénouement. Du quadrupède originel à nous, il n'y a que quelques pas, quelques limites qui, de par leur dépassement, permettent la création de nouveau modèle de vie.

    Ainsi vint Animal Collective. Leur prérogative principale ? La recherche de l'évolution constante, l'explosion des carcans physiques et psychologiques, le surpassement des émotions connues ; issues pour lesquelles ils usent d'un médium transcendant, l'expérimentation musicale. En cela le travail du collectif est une réussite totale tant leur production est semblable à nulle autre. Ces quatre animaux originaires de Baltimore dans le Maryland sont les géniteurs d'un collage ou plus précisément d'une sculpture musicale faite de rythmiques possédées, de guitares hallucinées, de piano martelé, de cris d'animaux ou de nappes brumeuses mais tout ceci synthétisé dans un esprit organique. Animal Collective fascine par l'incroyable élan de liberté qu'offre leur musique. Depuis le début de la décennie ils sont les pères d'une dizaine d'albums et d'eps signés sous le nom d'Animal Collective ou non, chaque étape de
    leur discographie étant une renaissance, l'exploration d'un nouveau territoire jusqu'alors inconnu. Des traits communs émergent pourtant, la jouissance et l'insouciance se dégagent. Leurs travaux sont marqués par un attachement à l'abstraction, la forme de leurs chansons laissant place au brumeux comme une invitation à une rêverie à la fois pastorale et sacrée. D'un album à l'autre ils y développent une esthétique différente tenant tout à la fois au folk psychédélique, à la pure expérimentation, au travail des sons et de leurs dissonances ou à la pop la plus enfantine. Leurs premiers efforts sont épris de radicalité, la quête de transe s'étendant en de longs paysages sonores dont le sommet fut Here Comes the Indian sorti en 2003. Continuant à ouvrir des routes, leur chemin les mena sous des cieux plus assagis le temps de deux albums Feels et Sung Tongs, l'aspect naturel voire tribal de leur musique n'en fut que renforcé. Les voix s'affirment, les constructions polyphoniques fleurissent de partout, les mélodies s'entrechoquent sur des rythmiques déstructurées. Le milieu de la décennie les vit également s'ouvrir à d'autres artistes et à de nouvelles approches de la musique lors de collaborations avec Black Dice ou Vashti Bunyan, chanteuse de folk qu'ils participèrent à repêcher de l'oubli où elle reposait depuis plus de trente ans. Les People et Water Curses ep étant des transitions entre les albums, comme une explication des choix artistiques. Le fil rouge de leur carrière tendait à affirmer la place de la mélodie au sein de leurs compositions, sans pour autant atténuer la radicalité du propos, mais les Animal Collective s'engageait sur une voie plus structurée par un format pop. L'aboutissement en fut Strawberry Jam sorti en 2007. Il s'agit certainement de leur opus le plus dense, le long de neuf chansons, il égrène des mélodies enjouées sur des rythmiques explosives, leur psychédélisme foutraque traduit une volonté d'imposer un état hypnotique à l'auditeur. L'exigence de l'expérimentation sensorielle n'étant pas pour autant laisser de côté. Strawberry Jam a traduit l'avènement du groupe à un nouveau stade, non seulement il leur ouvre la voix de la reconnaissance auprès d'un cercle élargi d'admirateurs, le format pop facilitant l'accès à cette musique exigeante, mais surtout il synthétisa les recherches et les desseins du groupe. L'animal s'accomplit ici dans une jouissance instantanée, une explosion irréelle mais toujours organique car soutenue par une instrumentation naturelle. Les morceaux se firent plus immédiats à l'image de l'incandescent Peacebone qui ouvre l'album. Animal Collective continuait donc son évolution, sa régénération mais dans une forme d'universalisme, un recentrage sur l'homme, sur son ressenti plus que dans l'exploration d'une quête de ressourcement auprès de la nature.

    2009 et encore une nouvelle étape dans leur discographie, Merriweather Post Pavilion. J'aurai tant aimer détester ce disque car ce groupe semble prendre une trajectoire de carrière parfaite, le piège du renouvellement incessant étant de rester en surface, de ne pas réussir à plonger totalement dans le chemin entrouvert, ici pas de trace de cela. Animal Collective ouvre une nouvelle route aquatique celle ci, où la rythmique se rapproche d'avantage que précédemment de la musique électronique, les mélodies sont plus franches évoluant dans des nappes, les voies vocalisent plus que ne crient. Les paroles se recentrent d'avantage sur l'homme, sur la nécessité de prendre soin de son existence. Le collectif crée ici un monde sous-marin où l'homme tente de soigner sa vulnérabilité, les chansons prennent la forme de vaporeuses cathédrales pop, des sucreries mélodiques faites de coeur à la Beach Boys dont les fondations reposeraient sur des monolithes digitaux. Il est difficile de situer cet album dans la discographie du groupe car la prochaine étape en révèlera un sens nouveau à coup sur. Merriweather Post Pavilion n'est qu'une étape, un stade de l'évolution qui participe dors et déjà à la quête de sens que le groupe s'est imposée. Que dire des recherches du groupe aboutiront-elles à l'avènement d'une nouvelle forme de vie, d'un noeud inconnu dans l'évolution de notre civilisation ? Impossible de le dire mais ces animaux revendiqués s'y attèlent.

  • Top 25 Albums 2008

    Gen 11 2009, 19:22



    01x Fleet Foxes, s/t + Sun Giant Ep
    02x Bon Iver, For Emma, Forever Ago
    03x TV On The Radio, Dear Science,
    04x Born Ruffians, Red, Yellow & Blue
    05x The Tallest Man On Earth, Shallow Grave



    06x Alain Bashung, Bleu Pétrole
    07x Fuck Buttons, Street Horrrsing
    08x MGMT, Oracular Spectacular
    09x Air France, No Way Down
    10x Wolf Parade, At Mount Zoomer

    11x The Walkmen, You & Me
    12x Sin Fang Bous, Clangour
    13x Cloud Cult, Feel Good Ghosts (Tea-Partying Through Tornadoes)
    14x No Age, Nouns
    15x Portishead, third

    16x Crystal Antlers, s/t
    17x Kanye West, 808s & Heartbreak
    18x Vampire Weekend, s/t
    19x Titus Andronicus, The Airing of Grievances
    20x Deerhunter, Microcastle

    21x Beach House, Devotion
    22x The Very Best, Mixtape
    23x Why?, Alopecia
    24x Hercules and Love Affair, s/t
    25x Sigur Ros, Með suð í eyrum við spilum endalaust
  • Les titres de l'année 2008.

    Dic 29 2008, 18:07

    Parce que certaines chansons ont marqué plus profondément notre année, charnellement ancrées dans notre souvenir, attachées à un événement précis de notre mémoire ou nous ayant bercées continuellement, elles sont le reflet d'une année riche en émotion. Celle ci s'est ouverte sur la découverte de MGMT, jalousement préservé par une petite niche de défricheurs intransigeant, Time to Pretend n'a pas tardé à inonder les ondes, allant presque jusqu'à provoquer le dégoût, l'overdose. Mais finalement un concert en cette fin d'année a remis les choses à leur place, Time to Pretend est bel et bien la chanson de 2008, celle qui le mieux représente le temps présent, un hymne générationnel en quelque sorte, frondeur, assumant ces influences tout en restant profondément contemporaine. Un titre pop au sens le plus noble du terme. Nous étions encore en plein hiver que White Winter Hymnal des Fleet Foxes et Skinny Love de Bon Iver nous poussait à rester blotti auprès d'un feu salvateur. Certains groupes voulurent nous brûler les méninges à l'image du Blindblindblind de Thee Silver Mt. Zion ou de the Rip échafaudé par les revenants de Portishead, d'autres tendaient déjà vers la renaissance printanière tel que les sud africains de BLK JKS et leur extraordinaire Lakeside. Le printemps revint donc, l'espoir avec, Air France et son Collapsing at your Doorstep symbolisa à merveille cette vague de fraîcheur qui nous envahit, Sigur Ros s'y mettait aussi grâce à leur premier single Gobbledigook, tout droit inspiré des errements d'Animal Collective, le tribal fut également incarner par ce Fools de The Dodos ; enfin les Plants and Animals, quant à eux, voulurent tout quitter avant que tout ne commence, allez comprendre. 2008 ne fut pas vraiment une année de conquérants, la mélancolie teinta nombres de chansons, moribond, Alain Bashung posa sa voix sans égale lors de ce Sur un trapèze qui n'est peut être pas le meilleur titre de son dernier né mais qui est indéniablement celui qui m'a le plus touché. Les jeunes canadiens de Born Ruffians nous ont livré un album empli d'insouciance et de mélancolie représenté à merveille par cette balade, Little Garçon. Mélancoliques aussi les titres destinés à nous faire transpirer, Estelle et son American Boy servi par unKanye West au meilleur de sa forme artistique et pourtant au fond du trou, ou encore Blind d'Hercules and Love Affair et la voix d'Antony, toujours aussi belle même au centre d'une musique electropop cuvée DFA. L'automne revint plus vite qu'on ne le pensait, l'Afrique fut à l'honneur grâce aux deux perles électro moite que sont Township Funk et Tengazako respectivement de DJ Mujava et des Very Best, rencontre entre Radioclit et le chanteur Esau Mwamwaya originaire du Malawi, l'Afrique traditionnelle fut quand à elle mis en lumière par la kora de Toumani Diabaté et le plein de grace Cantelowes. Enfin, encore lui ce fut l'heure de l'hiver, la tristesse nous fut servie par un Kanye West en pleine mutation à l'image de ce Amazing mais j'aurais tout autant pu choisir Love Lockdown tant cet album brille par la force des compositions et la profondeur du désespoir qu'elles contiennent. L'hiver fut aussi marqué par Lies de Sin Fang Bous découverte du label Morr Music ou une espèce de bidouillage proche de l'electronica et du folk et pour clore cette sélection, comment ne pas évoquer les mesestimés, les losers magnifiques de The Walkmen qui encore une fois nous offre un titre d'exception grâce à On the Water. Une année 2008 riche en émotions diverses, hétéroclite elle fut ouverte à toutes les influences du monde tel un grand melting pot sonore.


    PS : pour résumer ceci, par ordre alphabétique :
    Air France, Collapsing at Your Doorstep
    Alain Bashung, Sur un trapèze
    Blk Jks, Lakeside
    Bon Iver, Skinny Love
    Born Ruffians, Little Garçon
    Dj Mujava, Township Funk
    Estelle feat Kanye West, American Boy
    Fleet Foxes, Your Protector
    Hercules & Love Affaire, Blind
    Kanye West, Amazing
    MGMT, Time to Pretend
    Plants & Animals, Bye bye bye
    Portishead, The Rip
    Sigur Ros, Gobbledigook
    Sin Fang Bous, Lies
    The Dodos, Fools
    The Very Best, Tengazako
    The Walkmen, On the Water
    Thee Silver Mt Zion Memorial Orchestra & Tra La La Band, Blindblindblind
    Toumani Diabaté, Cantalowes

    (playlist bientôt écoutable sur http://www.lamanteirreligieuse.com/ ou sur lastfm)
  • TV On The Radio, Dear Science,

    Ott 8 2008, 19:36

    L'engouement autour de ce groupe new yorkais ne date pas d'hier mais depuis quelques mois le métabolisme du web s'agite. TV on the Radio serait de retour en cette année 2008. Véritable laboratoire d'expérimentation sonore, le groupe nous a déjà livré deux bombes frappant hors des sentiers battus. Après un Ep fort prometteur intitulé Young Liars, Desperate Youth Blood Thirsty Babes paru en 2003 nous présentait un groupe greffant tension post punk et noirceur soul. Disque tout autant élémentaire que défricheur, il mit le combo en orbite. Obsédés par le changement de cap continuel, ils nous revenaient en 2006 avec Return to the Cookie Mountain, album exigeant, d'une noirceur moite et malsaine. Un disque hallucinogène, construit par superposition d'instruments et de voix qui mènent l'auditeur-cobaye, noyé par cet amoncellement sensoriel, vers le chaos total. Variant les équations, s'interdisant de s'enfermer dans une formule préétablie, TV on the Radio fait ces jours ci paraître Dear Science.

    Le disque s'ouvre sur Halfway Home, guitare vrombissante, rythmique minimal mais harmonieusement échafaudée, les voix de Kyp Malone et Tunde Adebimpe s'entrelacent et emportent peu à peu la composition dans des atmosphères sombres mais tout à la fois emplies d'espérance. Emblème de leur nouvelle orientation musicale, le funk plombé de Crying accroche l'oreille de l'amateur du groupe. Les harmonies de tête et l'espace sonore permis par une production allégée désorientent l'auditeur. Quelques notes de cuivre s'entremêlent à des sonorités synthétiques sur la fin. La rupture semble consommée lorsque débute la troisième piste, le minimalisme des basses et de la rythmique soutient un flow de paroles slammées. La structure de la chanson tout en crescendo se complexifie par l'ajout de couches distinctes de divers instruments, mais pas de trace dans cette production de la lourdeur, de l'étouffement dont regorgeait l'opus précédent. Peu habitué aux ballades mélancoliques et torturées, le groupe en synthétise pourtant deux au long de ce Dear Science. Cet apport de spleen n'est pour autant pas moins exigeant que le reste de l'album ; mais ceci nous prouve la qualité d'adaptation du groupe aux différents registres de sentiments. Entre ces deux compositions aux chaines carbonées rongées par la tristesse et le désarroi que peut provoquer ces nappes de violons, s'interposent Golden Age tout en funk envoutant. Mais ici, l'utilisation des codes du funk n'est pas un simple exercice de style suranné. A l'image de Red Dress, le vocabulaire employé permet au groupe d'interroger l'auditeur, de le pousser dans un monde cruel de réalisme. Poursuivant dans cette fusion d'éléments musicaux, Shout me Out nous offre un champ musical pop mais gardant toujours un caractère déstabilisant (les ruptures dans la structure du morceau, les cris qui naissent de ci de là etc...). Les guitares saturent et s'entrechoquent, dans un chaos superbe. DLZ nous apporte une nouvelle dose de lourdeur, des voix s'étirent dans la noirceur avant qu'un refrain tout innocent fait de ''la-la-la'' n'apparaisse. Le crescendo emporte cette chanson sur des sommets sensoriels lancinant et torturé. Lover's day, tout en raffinement clos l'album, tout aussi hanté que le reste du disque elle ouvre toutefois une fenêtre d'espoir.

    Invoquant une histoire de la musique noire américaine au sens large, TV on the Radio parvient sur ce Dear Science à produire une cohérence majestueuse entre les morceaux, non pas dans leur construction ou dans leur ambiance mais d’une manière presque métaphysique. Le groupe s’emploie à varier les produits initiaux les transformant pour en extraire une matière nouvelle dont ils semblent être les seuls à connaître la formule. Les cinq émerveillent par la précision des arrangements, la densité des compositions qui se trouvent traversées d’accélérations, de montées majestueuses. Les paroles ne sont pas en reste, frappant par leur acidité, leur évidence, analysant le chaos contemporain. Moins baroque que Return to the Cookie Mountain, moins tendu que Desperate Youth Blood Thirsty Babes, sans doute plus facile d’accès que les deux, ce Dear Science n’en est pas pour autant plus aguicheur, l’expérimentation demeure tout aussi minutieuse. Un album défricheur, inattendu, qui devrait ravir les oreilles des amateurs épris de curiosité musicale. Un grand disque d’aujourd’hui qui deconstruit l’héritage musical des cinquante dernières années pour mieux se plonger à corps perdu dans le futur.

  • Alain Bashung, Bleu Pétrole

    Giu 18 2008, 16:25

    Bashung nous apparaît en noir et blanc, hors du temps, perdu entre une vieille américaine, une modeste demeure et de grandes étendues dessinant une ligne d’horizon fondue dans le ciel nuageux. Au premier plan, celui dont nous attendions les aventures sonores depuis bientôt six années, la carrure imposante, quelque peu voûté, il se retourne, la bouche entrouverte comme s’adressant à nous.

    Dès l’incipit le ton est donné, Bashung est bel et bien de retour, cette voix faite de pleins et de déliés, de velours et de râles, s’impose peu à peu ; accrochant sur les notes, s’étirant puis se précipitant pour mieux nous ensorceler. Ne serait ce que grâce à cet organe, un voile s’abat sur notre esprit, le voyage débute ; Il nous mènera principalement de l’autre côté de l’Atlantique. Notre chanteur, fasciné par le chemin parcouru, nous promène le long des grandes routes qui traversent l’Amérique tel un vieux chanteur de folk, la guitare de M Ward accompagnant le verbe, quelques notes de banjos ponctuant les arrangements. Il y chante la vie de Suzanne que Leonard Cohen avait couchée sur papier.

    La rupture est consommée avec les deux albums précédents, ici plus d’introspection poussée au paroxysme, le chanteur s’ouvre sur le monde, cette voix et ces mots vivent pour nous, leur interprète, contemplatif, nous décrit, nos vies, nos sentiments, nos lacunes. L’album est mélodiquement plus marqué que ses prédécesseurs, linguistiquement enfin il n’y a plus trace sur ce disque des poétiques métaphores de Jean Fauque, Bashung ose ici torturer la langue tel ces « Un jour je courirai moins jusqu’au jour où je ne courirai plus ». L’unité de l’album est clairement établie par la seule personne de Bashung, les compositions sont pourtant hétéroclites, alternant chansons éthérées et rugueuses, jouant sur la longueur, le tempo. Bashung s’appuie sur ces différentes facettes, tantôt engagé politiquement « Résidents De La République » énoncé avec limpidité, tantôt emplis de gravité et d’abîme tel ce « Comme Un Lego » où y est décrit notre humanité observée d’une échelle lointaine. Mais la palme de la beauté revient assurément à « Sur Un Trapèze », magnifique chanson d’amours empoisonnées, au goût doux amer.

    La démarche diffère, consciemment, de ces deux albums précédents, ce Bleu Pétrole ne peut pas leur être comparé, plus accessible mais non moins travaillé, il s’inscrit dans une généalogie propre dont la dernière pierre angulaire était sans doute Osez Joséphine. Bashung propose sa vision du monde contemporain, l’accent davantage mis sur les mélodies guide des textes moins hallucinés mais qui n’en sont pas moins poétiques et gagnent certainement en réalisme. Même s’il ne s’agit pas du chef d’œuvre annoncé cet album est de haute tenue et ne fait que confirmer encore une fois la place que Bashung occupe parmi les plus grands.



  • Thee Silver Mt. Zion Memorial Orchestra & Tra-La-La Band, 13 Blues for Thirteen Moons

    Apr 2 2008, 20:26

    Toute nouvelle sortie en provenance du label Constellation est un évènement en soi, ce nouvel opus de Thee Silver Mt. Zion ne déroge pas à la règle.

    Mais revenons en tout d’abord aux origines de ce disque, fruit d’une dizaine d’années d’expérimentation au sein de leur label fondé à Montréal. Il s’agit fondamentalement d’un concept, celui de faire primer l’intégrité artistique avant toute chose. Ici, point de meneur mis en exergue ou d’archange déchu, seulement une musique défricheuse, novatrice tout en assumant le poids du passé, une musique qui se donne les moyens de la liberté à laquelle elle aspire. Le groupe qui nous intéresse en ce jour est une excroissance du collectif Godspeed You ! Black Emperor qui sécrétait en son temps une musique instrumentale lancinante, torturée voire apocalyptique. Une musique de chambre entre un chuchotement et le vrombissement d’un bombardier. Le cri de rage d’une jeunesse confrontée à une fin de millénaire et qui se dresse alors face aux aberrations de nos sociétés occidentales et de leurs dirigeants. A sa conception en 2000, Thee Silver Mt. Zion reprend les fondamentaux établies par Godspeed You ! Black Emperor, soit la distillation d’une musique faite de puissance et de lyrisme, grâce à l’utilisation de violon plaintif et de guitares emportées. Toutefois, l’ensemble apparaît plus délicat que par le passé, une profonde miniature du son Godspeed. De disques en disques, la structure de leur musique évolue, le son devient plus ample, plus fort et également plus tendu, la batterie fait son apparition et souligne des mélodies étirées jusqu’au malaise. Pourtant, la révolution dans le son Silver Mt. Zion vint principalement de l’utilisation progressive du verbe, alors que la guerre en Irak produisait ses premiers morts, le groupe prit conscience de la force permise par l’expression d’un message concret que seule la parole leur permettait. L’engagement politique dépassait alors la simple conscience du groupe pour prendre une forme palpable.

    13 Blues for Thirteen Moons s’inscrit dans cette nouvelle ligne directrice, les textes sont au centre de chacune des quatre complaintes, scandés à tue tête, leur formulation semble vitale au groupe, comme si chaque mot trouvait sa place dans une opération cathartique essentielle. Cette voix fleuretant constamment avec la justesse pourrait être celle que Munch suggère dans son célèbre Cri. Un éclat possédé qui peut résumer à lui seul la tonalité musicale de cet album, des riffs de napalm, une batterie martiale et toujours ces violons hurlants. La production de l’album laisse place à l’écho, jouant avec l’espace sonore, empilant des couches de guitares quant tout à coup, des trompettes apparaissent, perçante et aiguisée. Un groupe qui ose encore trébucher, mettre à jour ses doutes et ses faiblesses, crée une brutalité juxtaposée à des instants de calme pour mieux laisser respirer notre torpeur. Les mots sont leur nouvelle arme didactique, désirant marquer au fer rouge la conscience de l’auditeur, dissiper la peur pour laisser place à l’espoir comme le souligne le titre qui clôture l’album. BlindBlindBlind, ballade débutant par une montée d’arpège et qui au fil des notes se décomplexe.

    Ce brûlot incandescent et frondeur est une fenêtre ouverte sur l’esprit d’un groupe affligé par notre société mais qui ne désarme en rien. Souvent qualifié de Post Rock, 13 Blues for Thirteen Moons dépasse les carcans du genre. Thee Silver Mt. Zion nous offre son œuvre la plus accessible à ce jour, à la croisée des larmes d’un Chopin et de la fureur dont notre monde est empli.

  • Daniel Darc, Amours Suprêmes

    Feb 18 2008, 15:50

    Certaines prédictions annonçaient le pire, Crève Cœur, paru il y a bientôt quatre ans, était pour bon nombre le chant du cygne d’un gars qui a tout vécu, trop vite, et jusqu’au bout des choses pour le meilleur et pour le pire, l’album d’un punk qui enfin touchait un tant soit peu aux étoiles du succès après avoir trop souvent tout perdu. Le clochard céleste de Kerouac, pour ne pas le citer. D’autres répandaient la rumeur d’un nouvel album sous l’influence (divine ?) de feu Johnny Cash que notre homme vénère tant. Non, non, non, rien de cela ici, si ce n’est la similarité des thèmes chers à l’homme en noir, Dieu avant tout, la mort partout, l’amour et par là même, la rédemption.
    Daniel Darc peut tout se permettre même intituler son nouvel album Amours Suprêmes, jamais de pathos chez lui. Mais ce titre référence avouée au chef d’œuvre de John Coltrane est-il la réminiscence de son passé fortement concentré en opiacés de tout genre ? Ou est-ce tout simplement la continuité artistique de Crève Cœur, où était déjà inscrit le nom du premier disque que Coltrane put écrire sans être sous l’emprise d’héroïne, se tournant désormais vers Dieu pour construire son langage musical. Pour ce qui est de celui de Darc, sans doute moins révolutionnaire que celui du génial saxophoniste, il évolue tout de même sensiblement. Là où Crève Cœur se plaçait sur un terrain longuement travaillé autant en ce qui concerne l’écriture, la composition que les arrangements, Amours Suprêmes joue plus certainement la carte d’une brutalité qui demeure toutefois souvent en retenue. La voix n’écorche pas mais susurre, la musique résolument plus rock reste servie par quelques unes des plus fines pointures internationales telles que les musiciens d’Elvis Costello, le souffle plaintif de Robert Wyatt ou encore la voix grave d’Alain Bashung.
    Amours Suprêmes est fragile, empli de larmes et de repentir, d’amours douloureuses et d’espoir en clair obscurs. Le disque s’ouvre sur Les Remords, magnifique incipit si il en est. Cette première chanson est d’une certaine manière une transition avec Crève Cœur mais rapidement des guitares rageuses viennent pervertir la composition, l’influence des Stooges se fait sentir jusque dans la production de la chanson avec un piano qui se répète à l’infini. Ensuite sonne l’heure d’un retour aux influences Taxi Girl, avec le premier single extrait de l’album J’irai au Paradis, et ses sonorités doucement électroniques. Daniel touchant comme il sait l’être y avoue sa vie « gâchée ». L.U.V. par la suite est le seul titre chanté dans la langue de Shakespeare, un duo avec Alain Bashung dans lequel les deux compagnons d’infortune, sous la forme d’une ritournelle, crachent des mots qui ont fait les grandes heures du rock’n’roll. La ballade qui suit est l’un des moments forts de ses Amours Suprêmes, une promesse magnifique Un an et un jour, un piano transi bientôt soutenu par une batterie pour un refrain empli d’espoir. Il y a vingt ans, Daniel nous contait ses périples de Seul garçon sur terre, aujourd’hui en s’adressent à La seul fille sur terre, il referme la boucle. Sa muse, il l’a trouvé, abîmée comme lui, par une vie pécheresse mais la seconde d’après apparaît comme un aveu Ca ne sert à rien clame t-il. Certainement la composition la plus étonnante, la mort rôde ici soutenue par le cri gémissant de Robert Wyatt. Le titre qui donne son nom à l’album est au singulier cette fois ci, l’Amour Suprême fait tituber son auteur torturé par ses peurs. La vie est mortelle s’offre à nous comme un grand écart entre la sérénité de la composition et la réalité de cet inévitable constat. Plus que deux titres et Daniel nous jette ce Serait-je perdu ?, confessions des plus émouvantes d’un homme crucifié. Une note d’espoir enfin pour nous achever ou peut être est ce nous faire patienter jusqu’à sa prochaine production. Environ est une chute ou une ascension, du ciel aux cendres ou inversement, qui sait ?
    Le disque d’un garçon profondément humain dans ses blessures, ses peurs, ses yeux baissés mais son esprit en élévation constante vers un ailleurs inévitablement meilleur. Seul regret sans doute, la trop courte durée de ce disque qui compte dès à présent parmi les plus beaux moments de l’année 2008.


  • 2007 en quelques notes

    Gen 20 2008, 16:09




    10ème : Elvis Perkins – Ash Wednesday [XL Records]

    Lire la biographie de cet Elvis laisse une impression de drame, de larmes ou de déchirements et cela explique peut être la mélancolie dont fait part le jeune homme sur ce disque. Chaque année nous offre ses albums de folk, aux belles paroles ou mélodies, mais ici il y a ce petit quelque chose de plus, un supplément d’âme, un fragment de magie qui nous fait y revenir encore et encore. Alors bien sur, la forme et le fond reste classique, éventuellement académique, déjà entendu direz-vous ? Peut être, mais pourquoi chercher un renouveau systématique alors que ce model convient si bien encore aujourd’hui et permet à cet Elvis de se livrer à nous sans retenue aucune.

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    9ème : Alaska in Winter – Dance Party in the Balkans [Regular Beat]

    Brandon Bethancourt qui se cache derrière le pseudonyme d’Alaska in Winter fait parti de ces compositeurs que l’éloignement, la retraite inspire. Ainsi en 2004, il quitte son Nouveau Mexique pour s’enfoncer dans le froid du grand nord et enregistrer par la même occasion ce magnifique recueil de désespoir. Pour arriver à ses fins, le jeune homme s’appuie sur une production précise, voix passées au filtre du vocoder, rythmique électronique, mélodies répétitives mais aussi grâce à l’appui de la trompette de Zach Condon ou encore le plaintif violon de Heather Trost échapée de A Hawk and a Hacksaw. Un disque pour passer l’hiver.

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    8ème : Radical Face – Ghost [Morr Music]

    Encore un disque d’électronica des plus confidentiels. Et pourtant. Radical Face nous offre un voyage halluciné dans le cerveau d'un musicien héritier aussi bien de Mercury Rev que de Godspeed You! Black Emperor, des Beach Boys ou encore de Sufjan Stevens. Une musique gonflée au hand clapping, aux couches de claviers et de voix planantes, à l’expérimentation folk. Un disque magistral.

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    7ème Patrick Wolf – The Magic Position [Loog]

    A 24 ans, ce jeune anglais est déjà l’auteur de trois albums particulièrement remarqués pour leur renouveau musical. Lycanthropy paru en 2003 est une démonstration des capacités vocales et instrumentales de ce violoniste hors pair, mêlant à la fois sonorité électronique et instruments d’un autre temps. Son successeur Wind in the Wires, beaucoup plus sobre, impressionne autant par la maturité des compositions que par la volonté artistique qu’il dégage. 2007 fut l’année du grand retour de Patrick s’attaquant cette fois au format pop dans sa définition classique et cela est encore une fois une franche réussite. Le travail fait penser à Bowie, Lou Reed et tous ces artistes qui surent lié à la fois pop et recherche musicale. Un album emplie d’amour difficile, de perversion et de flamboyance. Magnifique.

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    6ème LCD Soundsystem – Sound of Silver [DFA]

    Leur premier album paru en 2005 avait défriché le terrain, une rencontre entre l’électronique et le punk qui émerveillait par cet aspect purement jubilatoire et cette urgence caractéristique de notre monde moderne. Alors en 2007 quand s’annonce la sortie d’un nouvel opus du groupe new yorkais, l’impatience pointe son nez. Et cela à juste titre, car cette album est tout simplement indispensable tant il synthétise musicalement l’époque contemporaine, l’allure libératrice, dansante du premier album s’efface ici derrière la tension, la nervosité, le malaise qui s’affirme peu à peu.

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    5ème Vic Chesnutt – North Star Deserter [Constellation]

    Il s’agit aussi de l’expression du malaise que nous retrouvons dans cette nouvelle sortie de Vic Chesnutt. L’homme se bat depuis des années contre ses maux qui le déchirent et devenu paraplégique à la suite d’un accident de la route, il nous les transmet par des disques folks à fleurs de peau. Cette nouvelle livraison prend une forme différente du reste de la discographie de Vic. Enregistré à l’Hotel2Tango de Montreal, cet album voit l’un des fers de lance de l’americana s’entourer de musiciens tous issus du label Constellation pour ne pas nommer la présence de membre de Godspeed You ! Black Emperor, Thee Silver Mount Zion ou encore Fugazi soit le fin du fin du post rock. La tornade sonore est en marche pour soutenir la voix brisée par l’alcool de ce troubadour, ses histoires de villes abandonnées, son regard désabusé sur l’amour, la vie, le temps qui passe.

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    4ème Beirut – The Flying Club Cup [Ba Da Bing!]

    Chercheur de trésor en terra incognita, Zach Condon nous avait entraîné l’an passé dans une roulotte à la traversée des pays de l’est pour découvrir la richesse du folklore local qui servait à merveille les compositions mélancoliques du jeune américain. Pour ce deuxième opus, son voyage iniatique le mena dans nos contrées où il puisa l’essence de compositions telles que Nantes, Cherbourg ou encore La Banlieue. Beirut est le représentant actuelle d’une pensée romantique, d’une volonté d’échapper au morne quotidien en scrutant l’horizon. Une valse vacillante, un piano troublé par ce Dernier Verre pour la Route, des cuivres doux amers et cette voix chaleureuse donnent à cet album un goût d’imaginaire qui n’est pas pour déplaire.

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    3ème Chris Garneau – Music For Tourists [Absolutely Kosher]

    Il arrive de temps à autres qu’un artiste nous arrive en pleine figure sans crier gare, que l’on s’y attache sans raison apparente. Un jeune homme et son piano, un duo des plus classiques qui pourtant est ici encore une fois renouvelé, ce qui pourrait être d’une banalité affligeante, trop mignon, trop doux, trop triste frappe dans le mille grâce à cette voix à fleur de peau, cette vulnérabilité apparente et jouée juste. Chaque chanson de ce disque est un autel personnel à la mélancolie, d’une beauté pure et fragile. Le disque s’achève sur une reprise d’Elliott Smith qui ne fait pas pâle figure par rapport à l’originale. Majestueux.

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    2ème The National – Boxer [Beggars Banquet]

    La réputation de ce groupe new-yorkais ne fait que s’accroître d’albums en albums et pourtant chaque nouvelle parution semble plus sombre, plus introvertie que la précédente. The National s’affirme avec cette album comme l’un des groupes les plus importants de ces dernières années en diffusant une musique tendue, dépressive, éthylique et enfumée. Formellement rien qui ne sorte de la norme mais la profondeur du chant et les compositions complexes envoûtent peu à peu l’esprit de l’auditeur. Un album de soul post-moderne, mélange de douceur épineuse et de violence étouffée, un mariage qui traduit avec justesse la neurasthénie que le chanteur exprime.

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    1er Arcade Fire – Neon Bible [Merge]

    Beaucoup crient déjà au loin que Neon Bible atteignant le statut de disque de l’année est bien trop consensuel, un disque surestimé, prit dans le vent médiatique mais sans réel fondement musical fort. Pourtant, oui, cet album est réellement un chef d’œuvre. En premier lieu, il s’agit d’un opus servit par des compositions puissantes par leur simplicité d’écriture mais toujours enlevées par une production novatrice. Mais ce qui en fait un réel chef d’œuvre à mes yeux est la symbiose avec la société que l’album décrit. En effet, à l’image de notre monde post-industriel qui de plus en plus se cherche dans la spiritualité, cet opus crée un pont avec le sacré par l’utilisation d’un symbolique, par la puissance messianique du groupe mais surtout par la synthèse des peurs et des aspirations. Neon Bible est une pièce maîtresse autant musicalement qu'artistiquement.

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  • Astropolis 2007, samedi 4 août.

    Gen 9 2008, 15:50

    Experientia et Sensus.

    Pour nombre de personnes, un festival de musique électronique demeure le lieu où seul le bruit règne. Et pourtant.
    Revenons en tout d’abord aux faits. Cette édition se présentait particulièrement séduisante, non seulement car l’affiche proposée était pointue mais surtout car elle se plaçait sous le légendaire signe ‘vaudou’. Ce mélange de folklore africain et chrétien, qui lie transe hypnotique et communion. N’allez pas croire que l’amateur de musique ne vienne ici seulement pour combler son insatiable besoin de ce nectar auditif qui comble ses sens. Non. Astropolis est avant tout un lieu d’expérimentation autant individuelle que collective. Les sens sont en alertes, l’expérience peut débuter. E.X.P.E.R.I.E.N.T.I.A. ET S.E.N.S.U.S. La communion est totale, les prêtres haranguent la foule à coup de ‘beat’, celle-ci leurs répond les bras tendus vers le ciel, le corps tremblant. Cette communion rassure l’audience, plus personne n’est seul avec ses sens, l’audience est unie par l’expérience, la sueur dégouline sur les visages émus, enchantés ou tout simplement heureux.
    Les messes se suivent, je n’en verrai que trop peu, malheureusement. Une prière pour la Justice, une autre pour Agoria et la soirée s’achevait, déjà.